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Pourquoi l’armée congolaise peine face aux rebelles du M23 : Une armée affaiblie, un pays fragilisé

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mars 17, 2025
Created by CongoArchives

Pourquoi l’armée congolaise peine face aux rebelles du M23 : Une armée affaiblie, un pays fragilisé

Un paradoxe militaire : Une armée numériquement supérieure, mais inefficace

Depuis janvier, le mouvement rebelle du M23 a pris le contrôle de Goma et Bukavu, deux villes stratégiques de l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), et semble désormais s’installer pour le long terme dans les territoires conquis. Une situation paradoxale lorsqu’on considère que l’armée congolaise (FARDC), qui comptait environ 135 000 soldats en 2022, selon l’International Institute for Strategic Studies, dispose aujourd’hui d’effectifs encore plus élevés grâce aux réformes récentes.

Comment un groupe rebelle bien plus petit parvient-il à tenir tête à une armée nationale numériquement supérieure ? La réponse réside dans la corruption systémique, le manque de formation, les équipements obsolètes, et l’influence étrangère qui gangrène l’armée congolaise.


Une armée rongée par la corruption et le clientélisme

Le président Félix Tshisekedi a doublé les dépenses militaires en 2023, atteignant 794 millions de dollars, soit 732 millions d’euros. Pourtant, ces efforts n’ont pas empêché l’avancée du M23.

Selon Alain De Neve, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (RHID) en Belgique, la corruption est le principal frein à l’efficacité des FARDC :

« De nombreux rapports ont souligné la disparition des fonds destinés aux salaires des soldats et à la logistique militaire. Ce phénomène explique le faible moral des troupes et les désertions récurrentes. »

Certains soldats postés à l’Est, en proie à la faim et à des conditions de vie précaires, n’ont d’autre choix que de se livrer au pillage ou à l’extorsion des populations locales pour survivre.

Ciaran Wrons-Passmann, directeur du Réseau œcuménique allemand pour l’Afrique centrale (ÖNZ), qualifie l’armée congolaise de « boutique en libre-service », où les généraux s’enrichissent sur le dos du système. Jakob Kerstan, chef du bureau de la Fondation Konrad Adenauer à Kinshasa, ajoute que les officiers surévaluent le nombre de soldats sous leur commandement afin de détourner plus de fonds destinés à la solde et aux rations.

En d’autres termes, une grande partie du budget militaire n’atteint jamais les troupes sur le terrain.


Des soldats sous-payés, sous-équipés et désorganisés

Un rapport de Reuters, basé sur des témoignages de soldats, des interviews d’officiers et un mémo confidentiel de l’ONU, décrit les FARDC comme « une force de combat entravée par des problèmes enracinés tels que des salaires insuffisants et une corruption généralisée ».

Bien que Tshisekedi ait augmenté les salaires des soldats, ces derniers restent sans commune mesure avec ceux des mercenaires étrangers qui touchent des dizaines de milliers d’euros par mois. Résultat :

  • Le moral des troupes est au plus bas
  • Les désertions se multiplient
  • Les soldats préfèrent monnayer leurs services ailleurs

De plus, le déficit chronique en formation et en équipements modernes rend l’armée congolaise inefficace face aux tactiques bien structurées du M23, entraîné et équipé par le Rwanda. Kerstan souligne que la logistique de l’armée congolaise est totalement dépassée :

« Kinshasa ne sait parfois même pas où se trouvent ses unités à l’Est. L’armée est parfois coordonnée via WhatsApp, ce qui rend la transmission des ordres très chaotique. »

Un tel niveau d’improvisation est suicidaire face à un ennemi bien organisé et soutenu par une puissance étrangère.


Le spectre d’un coup d’État : L’armée sous surveillance politique

Un autre problème majeur des FARDC est l’absence de commandement compétent. Pourquoi ? Parce que les postes clés ne sont pas attribués en fonction du mérite, mais en fonction de la loyauté au régime.

Comme l’explique Alain De Neve :

« Les commandants militaires ne sont pas toujours choisis pour leur compétence, mais pour leur fidélité au pouvoir. Cela entraîne des décisions tactiques et opérationnelles désastreuses. »

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Mobutu Sese Seko, par exemple, avait délibérément affaibli l’armée pour éviter qu’elle ne devienne assez puissante pour le renverser. La priorité sous Mobutu n’était pas la défense nationale, mais la protection du régime via une garde présidentielle suréquipée.

Ses successeurs, Laurent et Joseph Kabila, ont hérité d’une armée infiltrée par des intérêts étrangers, notamment rwandais. Jakob Kerstan note que cette infiltration explique l’actuelle réticence du gouvernement à négocier avec le M23 :

« Ils ont peur d’une nouvelle infiltration militaire. »

En effet, après la chute de Mobutu, l’armée congolaise était dirigée par James Kabarebe, un officier rwandais, aujourd’hui sous sanctions américaines. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, rappelle :

« Après l’Accord de Sun City en 2002, nous avons intégré dans notre armée des militaires venus du Rwanda. Cela a donné naissance à un système extrêmement complexe. »

L’armée congolaise a donc été trahie de l’intérieur, et ce dysfonctionnement structurel continue de la paralyser aujourd’hui.


Le facteur déterminant : Le rôle du Rwanda

L’implication directe du Rwanda est l’un des éléments clés expliquant pourquoi les FARDC peinent face au M23.

Félix Tshisekedi a accusé son prédécesseur, Joseph Kabila, d’avoir passé 18 ans au pouvoir sans reconstruire l’armée. Selon De Neve, la supériorité du M23 repose en grande partie sur l’appui logistique et militaire du Rwanda, qui possède une armée extrêmement bien organisée et bien équipée.

Même Wrons-Passmann admet que la RDC ne peut rivaliser avec l’organisation militaire de Kigali.

Le gouvernement congolais tente désormais de réformer ses forces armées, mais la tâche est immense. Patrick Muyaya le reconnaît :

« On ne peut pas réformer une armée en cinq ans. Nous avons commencé, et c’est justement pour cela que Kagame a décidé d’attaquer la RDC : il voit que les choses changent. »


Une armée à refonder, une souveraineté à reconstruire

L’échec de l’armée congolaise face au M23 est le résultat de décennies de corruption, de népotisme et d’infiltrations étrangères. Pendant que les généraux détournent les fonds destinés aux soldats, le Rwanda arme et entraîne ses supplétifs du M23, creusant davantage l’écart entre les forces en présence.

Si la RDC veut un jour retrouver sa souveraineté, elle doit impérativement réformer en profondeur son armée, en écartant les officiers corrompus et en investissant massivement dans la formation, l’équipement et la discipline militaire.

Sans cela, la question ne sera plus de savoir « comment battre le M23 ? », mais plutôt « quelle sera la prochaine ville à tomber ? »

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