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Le Trésor américain sanctionne James Kabarebe et Lawrence Kanyuka pour le conflit en RDC

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mars 16, 2025
Created by CongoArchives

Le Trésor américain sanctionne James Kabarebe et Lawrence Kanyuka pour le conflit en RDC

Washington intensifie sa pression diplomatique dans une région minée par les rivalités armées et l’exploitation des ressources

(Source : Département du Trésor des États-Unis)

Par un geste aussi symbolique que concret, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain a annoncé, il y a quelques jours, la mise sous sanctions de James Kabarebe, ministre rwandais chargé de l’Intégration régionale.

À ses côtés, Lawrence Kanyuka Kingston, haut responsable militant au sein du groupe rebelle M23 et de la Congo River Alliance, fait également l’objet de sanctions. Les États-Unis accusent ces deux figures de soutenir des activités déstabilisatrices dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), théâtre d’une violence ininterrompue depuis des décennies.

En ciblant ces personnalités, Washington cherche à faire pression sur le gouvernement rwandais et sur le M23, un groupe armé désigné comme terroriste par l’ONU et les États-Unis, afin de désamorcer la crise qui couve depuis la fin de l’année 2022. L’objectif ? Rappeler que des agissements jugés déstabilisateurs, liés à des violations des droits de l’homme et à l’exploitation illicite de ressources minières congolaises, peuvent entraîner de sévères sanctions financières et diplomatiques.


Des percées militaires au cœur de l’est congolais

La sanction prononcée par l’OFAC intervient après une succession d’événements qui ont mis en lumière les avancées conjointes du M23 et de l’armée rwandaise (RDF) dans les régions frontalières de la RDC. Fin janvier, ces forces ont capturé Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans une bataille qui, selon des organisations humanitaires, aurait coûté la vie à plusieurs milliers de civils. Dans la foulée, le M23 et la RDF ont pris le contrôle de l’aéroport stratégique de Kavumu, avant d’occuper Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu.

Ces captures successives ont une portée majeure. Goma et Bukavu, deux grandes agglomérations de l’est congolais, sont des carrefours économiques et humanitaires ; le contrôle de ces villes permet au M23, soutenu par Kigali, de consolider son emprise et de puiser dans les ressources du sous-sol, réputé pour receler d’importants gisements de coltan, de cassitérite et d’or. Les États-Unis ont d’ailleurs rappelé, en juillet 2024, la nécessité de réguler l’approvisionnement en minerais pour éviter qu’il ne finance la poursuite des violences dans la région.


Le rôle clé de James Kabarebe dans les conflits congolais

James Kabarebe n’est pas un inconnu pour les observateurs de la région des Grands Lacs. Ancien général de l’armée rwandaise, il jouit d’une longue expérience dans les dossiers congolais, ayant été associé aux conflits et rébellions successives depuis les années 1990. Dans son poste actuel de ministre chargé de l’Intégration régionale au sein du gouvernement rwandais, il est présenté par Washington comme l’un des principaux intermédiaires politiques et financiers entre le Rwanda et le M23.

Selon l’OFAC, Kabarebe « orchestre » le soutien de la RDF au M23. De surcroît, il tirerait profit de l’exploitation des minerais du Congo, dont les bénéfices alimenteraient une économie parallèle servant les intérêts du groupe rebelle et, par ricochet, certains cercles de pouvoir rwandais. Washington l’accuse ainsi de contribuer directement à la perpétuation d’un conflit qui fragilise la stabilité régionale et provoque des déplacements massifs de populations civiles.

Les sanctions visant Kabarebe se fondent sur le décret présidentiel (Executive Order) 13413, modifié par la suite, prévoyant des mesures punitives contre toute personne menaçant « la paix, la sécurité ou la stabilité » de la RDC.


Le M23 : résurgence et exactions

Le M23 est loin d’être un nouveau venu sur la scène congolaise. Né en 2012 d’une mutinerie au sein de l’armée congolaise, il avait brièvement régné sur Goma en 2013 avant d’être chassé par les Forces armées de la RDC appuyées par la brigade d’intervention de l’ONU. Toutefois, il a refait surface fin 2021, soutenu, selon de multiples rapports onusiens, par le Rwanda. Dans cette nouvelle offensive, le M23 est accusé de violations graves des droits de l’homme : meurtres, violences sexuelles, attaques ciblant des civils, et perpétuation de déplacements forcés de populations.

Déjà sanctionné en 2013 par l’OFAC, le groupe est de nouveau pointé du doigt pour avoir commis des « violations graves du droit international », incluant l’enrôlement d’enfants soldats, des déplacements forcés ou encore l’usage d’armes lourdes contre des civils, ce qui continue d’aggraver une crise humanitaire dans la région.


Lawrence Kanyuka Kingston : la vitrine médiatique du M23

Dans cette mécanique, Lawrence Kanyuka Kingston joue un rôle de premier plan. Porte-parole civil du M23 et responsable des relations publiques de la Congo River Alliance – un conglomérat de groupes rebelles visant la chute du gouvernement congolais – il est le visage médiatique et diplomatique de la rébellion. Ses fonctions incluent la diffusion de messages et le tissage de liens avec les soutiens potentiels à l’étranger. Washington le considère dès lors comme un acteur central, agissant « au nom » du M23.

Outre ses activités politiques, Kanyuka est propriétaire de deux sociétés désormais sanctionnées : Kingston Fresh LTD, inscrite au registre des compagnies au Royaume-Uni, et Kingston Holding, une société de conseil minier basée à Paris. Le Trésor américain estime qu’il utilise ces entités pour faciliter les opérations économiques et financières du M23.


Les conséquences des sanctions

Aux termes de la décision de l’OFAC, tous les biens et intérêts appartenant à James Kabarebe, à Lawrence Kanyuka Kingston et à leurs sociétés, relevant de la juridiction américaine, sont immédiatement gelés. Les citoyens et entreprises américaines, de même que toute personne opérant sur le sol américain, sont interdits de commercer ou d’échanger avec ces personnes et entités, sauf dérogation expresse.

Le Trésor américain souligne également que toute institution financière, ou tout partenaire commercial, encourt de lourdes sanctions si elle s’engage dans des transactions avec les individus et entités frappés par ces mesures. D’après l’OFAC, l’objectif n’est pas uniquement punitif : il s’agit d’« encourager un changement de comportement » et de faire pression pour une sortie pacifique de la crise.


Un signal fort dans la région des Grands Lacs

La décision de Washington pourrait bien compliquer les relations déjà houleuses entre le Rwanda et la RDC, deux pays voisins dont l’histoire est jalonnée d’épisodes douloureux, dont les conséquences du génocide rwandais en 1994 et les conflits congolais successifs. Les autorités de Kigali, en niant régulièrement toute implication directe dans les affaires intérieures du Congo, se trouvent désormais sous la menace d’une mise au ban internationale plus large si elles ne désamorcent pas la tension.

Alors que l’est de la RDC demeure l’un des foyers de violence les plus actifs du continent africain – avec plus d’une centaine de groupes armés recensés –, la région est également cruciale dans l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques (cuivre, cobalt, or, coltan). Les multiples initiatives diplomatiques, que ce soit au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ou par l’entremise de l’Union africaine, peinent à se concrétiser.

Dans ce contexte, la décision américaine s’apparente à une tentative de clarifier les lignes rouges : toute ingérence avérée ou exploitation massive des ressources congolaises alimente un cycle de violence qui, au regard de la communauté internationale, doit être brisé. Reste à savoir si ces sanctions suffiront à infléchir durablement les ambitions politico-militaires du M23 et de ses soutiens.


Une diplomatie de la fermeté ?

Au-delà de la région, ce dossier met en lumière le bras de fer que mène Washington, sous la houlette du Bureau de contrôle des avoirs étrangers, pour faire respecter sa politique de sanction sur la scène internationale. Si ces mesures ont souvent prouvé leur efficacité dans le gel d’actifs et la marginalisation économique de certaines entités, leur impact réel dépendra de la volonté d’autres pays à s’aligner sur la position américaine ou, à l’inverse, à continuer d’entretenir des liens avec les personnes sanctionnées.

Alors que l’ONU appelle régulièrement à la fin des violences dans l’est de la RDC et à la protection des populations civiles, la marge de manœuvre reste étroite. Les sanctions visent à faire pression sur un conflit largement alimenté par la course aux ressources, mais dont les racines historiques et politiques sont profondément ancrées dans l’instabilité congolaise et les intérêts transfrontaliers.

Le dernier mot reste pour l’instant à Washington, qui rappelle que sa « volonté de retirer certains noms de la liste des personnes sanctionnées » dépendra d’un changement tangible de comportement. Dans une région où la défiance entre voisins est de mise, la partie s’annonce complexe. Si la paix dans l’est congolais paraît encore lointaine, ces sanctions jettent une lumière crue sur les dynamiques clandestines et les réseaux qui alimentent l’un des conflits les plus sanglants du continent africain.

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